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2 mars 2018

La protection civile suisse, un modèle pour le Japon

La stratégie nucléaire nord-coréenne ainsi que les récents tirs de missiles balistiques placent le thème de la protection de la population au centre des débats au Japon. À la recherche de solutions, des journalistes japonais se sont informés auprès de l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) et de l’armée suisse.

Il règne une certaine agitation ce jour-là à l’OFPP. La cause en est l’interview réalisée par la chaîne japonaise Asahi, pour laquelle une douzaine de collaborateurs ont fait le déplacement. Alors que les cameramen, preneurs de son et éclairagistes s’affairent à installer leur équipement, les maquilleuses finissent de préparer le présentateur japonais et le producteur, assisté par un traducteur, transmet les dernières instructions aux personnes interviewées : Le chef de la communication de l’OFPP, Kurt Münger, et le porte-parole de l’armée, Daniel Reist.

 

L’intérêt du Japon pour la Suisse

Le Japon est intéressé avant tout par le système suisse de protection de la population, la défense nationale et la manière dont ces deux domaines sont intégrés dans la société. Les questions portent sur le nombre d’abris, leur répartition et leur utilisation, le concept de mobilisation et le service militaire obligatoire. Le DDPS a l’habitude d’être sollicité par les médias d’Extrêmeà-Orient, mais la stratégie nucléaire nord-coréenne et les tirs de missiles balistiques effectués par Pyongyang accentuent actuellement l’intérêt pour les questions liées à la sécurité de la population.

Comme l’explique le producteur, les dangers actuels placent ces questions au cœur des débats au Japon et le parti d’opposition plaide activement en faveur de la construction d’abris. À ce titre, la stratégie suisse relative aux constructions protégées, élaborée à partir des années 1960, sert d’exemple tant en raison de l’obligation de construire des abris – qui représente un cas unique au monde – que par son rapport avec le concept de neutralité armée.

Un système de protection de la population en pleine mutation

À l’OFPP, l’intérêt socio-politique du Japon pour le système suisse de protection de la population suscite des réactions mitigées, car il se focalise souvent sur des structures qui paraissent dépassées aux yeux des responsables suisses. C’est ce qu’illustrent les demandes récentes concernant la brochure intitulée « Défense civile » éditée en 1969 et distribuée alors dans tous les ménages. Le système suisse choisi comme modèle date de la guerre froide, lorsqu’il s’agissait de protéger la population des risques liés à un conflit armé, ou plus particulièrement à une guerre nucléaire. La Suisse, tout comme les autres pays européens, se sentait alors menacée. Les autorités savaient toutefois qu’en cas d’attaque, il était impossible que toute la population trouve refuge simultanément. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une « évacuation verticale » et que les abris souterrains ont été construits. Les besoins de sécurité, de liberté et d’indépendance qui caractérisent depuis toujours l’État et la société suisses ont encouragé la construction des abris individuels. Dans le cadre de la « Conception 71 », les normes pour les abris ainsi que l’organisation et la formation du personnel ont été élaborées et réglementées de manière détaillée. Avec le recul, il apparaît clairement que presque tous les domaines de la société étaient marqués à l’époque par une logique de défense.

En Suisse, cette logique est considérée comme dépassée. Depuis la fin de la guerre froide, le système de protection de la population a été adapté au contexte actuel et vise avant tout la gestion des catastrophes et des situations d’urgence. Les abris existants continueront d’être entretenus, mais il n’est pas prévu d’en construire de nouveaux. Il faut savoir que la Suisse est le seul pays au monde où le nombre de places protégées dépasse le nombre d’habitants.

Vous trouverez l’interview de TV Asahi ici.

 

Révision totale de la loi sur la protection de la population et sur la protection civile

Lors de sa séance du 1er décembre 2017, le Conseil fédéral a lancé la procédure de consultation visant une révision totale de la loi sur la protection de la population et sur la protection civile (LPPCi). Cette dernière doit permettre une orientation plus moderne et plus ciblée du système de protection de la population en se focalisant sur les risques et les dangers actuels. Les changements visent notamment à renouveler les systèmes de communication et à les inscrire dans la loi, à valoriser l’État-major fédéral Protection de la population, à améliorer la protection NBC et à renforcer le rôle de coordination de l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP), entre autres dans le domaine de la protection d’infrastructures critiques.

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