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Ospedale militare d'emergenza durante l'influenza spagnola 1918
4 juillet 2018

En 1918, la pandémie mortelle de la grippe espagnole faisait des ravages

Il y a cent ans, une grippe dévastatrice s’est propagée et a totalisé 30 à 50 millions de victimes, selon les estimations. Elle coûta la vie à plus de personnes que la Première Guerre mondiale et on la considère aujourd’hui comme la pire épidémie du siècle passé. Il s’agit de la grippe espagnole.

Origine et propagation

La grippe espagnole n’a pas son origine dans la péninsule Ibérique, comme on pourrait le croire, mais selon toute probabilité dans le Middle West des États-Unis. Les premiers cas recensés furent décrits dans l’État du Kansas en mars 1918. L’agent pathogène s’est sans doute propagé vers l’Europe avec les mouvements des troupes militaires. Les premiers signalements retraçant l’apparition de la grippe provinrent toutefois d’Espagne, car ce pays n’étant pas impliqué dans la Première Guerre mondiale, aucune censure n’interdisait d’aborder ce sujet.

La pandémie s’est étendue en trois vagues, mais c’est la deuxième vague qui commença dès la mi-août 1918 qui fut la plus meurtrière. En Suisse, la grippe espagnole toucha près de deux millions de personnes, ce qui en fait la pire catastrophe démographique du 20e siècle dans notre pays.

Plusieurs facteurs ont favorisé la progression de cette infection, transmise par contact et par gouttelettes: de mauvaises conditions d’hygiène généralisées, l’épuisement et la malnutrition de la population à la fin d’une guerre prolongée, de vastes mouvements de troupes sur tous les continents et des vagues de fuite de populations civiles, la censure de la presse, ainsi que l’ignorance de la nature virale de la maladie.

Le virus de l’influenza

Deux caractéristiques distinguent en particulier la grippe espagnole des autres épidémies de grippe, à savoir son taux de létalité élevé et le fait que la tranche d’âge des 20 à 40 ans en constitue les victimes majoritaires. La plupart des cas de décès étaient dus aux conséquences d’une pneumonie d’origine bactérienne. Les historiens en médecine partent aujourd’hui du principe que le virus avait tellement fragilisé l’organisme que le corps ne se voyait plus en mesure de résister aux nouvelles attaques bactériologiques. Avec pour conséquence une surinfection, une infection virale à l’origine d’une infection bactérienne supplémentaire. Toutes les thérapies connues échouèrent.

Le virus de l’influenza n’a été découvert qu’en 1933 et ce n’est que dans les années 1990 que des chercheurs réussirent à isoler l’agent pathogène de 1918, dès lors appelé H1N1, sous-type A. Le virus H5N1 de la grippe aviaire, qui s’est manifesté plus tard, lui est apparenté.

Mesures

Les autorités saisirent la gravité de la situation au plus tard lors de la deuxième vague de l’influenza. A la suite de quoi des systèmes d’alertes en cas de grippe furent mis en place, des quarantaines instaurées dans les ports et les gares et des stations d’isolement aménagées dans les hôpitaux.

Les passagers doivent porter un masque dans le tramway
Les passagers doivent porter un masque dans le tramway.

Le principe de base reposait sur la «distanciation sociale» à savoir l’interdiction des rassemblements de masse. Les écoles, théâtres, auberges, marchés et églises furent temporairement fermés. Le port de masques et l’usage de désinfectants furent recommandés ou même rendus obligatoires par la loi, dans le but de juguler la contagion.

Par crainte d’autres pandémies à ce point dévastatrices, l’OMS a fondé en 1952 le Global Influenza Surveillance and Response System (GISRS). Depuis la création de ce réseau, des laboratoires du monde entier coopèrent pour surveiller l’apparition de virus de la grippe.

Depuis 1995, la Suisse se prépare aux pandémies de l’influenza de manière systématique. Sous la direction de la Commission fédérale pour la préparation et la gestion en cas de pandémie (CFP), le premier Plan suisse de pandémie Influenza a vu le jour en 2004. Ce plan a été réactualisé les années suivantes.

Interview avec Marc Strasser, chef de la Section Biologie au Laboratoire de Spiez

Marc Strasser, chef de la Section Biologie au Laboratoire de Spiez
Marc Strasser travaille au Laboratoire de Spiez depuis 2002 et a monté le groupe de virologie à la Section Biologie qu’il a dirigé jusqu’à la fin du moins d’août 2015. En tant que directeur général suppléant du projet, il a participé à la création du nouveau laboratoire de sécurité B. Il dirige la Section Biologie depuis septembre 2015.

Une pandémie de l’ampleur de la grippe espagnole est-elle encore possible en 2018?

Du point de vue de la constitution des virus, c’est théoriquement envisageable. Cela dit, le contexte actuel est tout à fait différent de celui de 1918. Nos conditions d’hygiène sont bien meilleures qu’à l’époque et d’autre part, nous disposons de vaccins et avons des connaissances plus poussées sur la structure des virus. Une situation semblable à celle de 1918 ne pourrait donc plus se reproduire.

De ce point de vue, quels sont alors les défis d’aujourd’hui?

Un défi capital réside dans la variation rapide des virus de l’influenza (le glissement antigénique ou la cassure antigénique). Sans oublier la généralisation du tourisme mondial qui peut favoriser la propagation rapide du virus. Cela dit, l’adaptation rapide des vaccins existants aux nouveaux types de virus représente un avantage substantiel qui permet d’obtenir une réaction sur les souches de virus concernées.

Quelles mesures seraient préconisées aujourd’hui?

En principe, il s’agirait de mesures similaires à celles instaurées en 1918, à savoir éviter les rassemblements de masse, distribuer des masques de protection et sensibiliser la population à la désinfection des mains. Autre avantage par rapport à 1918, aujourd’hui, nous sommes mieux informés sur le comportement à adopter en cas d’infection par le virus de la grippe. De même, les possibilités médicales sont beaucoup plus spécialisées de nos jours qu’à l’époque, face à une infection déjà déclarée. En particulier, les groupes de personnes exposées peuvent se faire vacciner prophylactiquement.

Est-il possible d’émettre des pronostics sur les futures épidémies de grippe?

Tout pronostic d’épidémie de grippe reste purement théorique. Les êtres humains et les animaux ne réagissent pas de la même manière aux attaques des virus. La transmission d’agents pathogènes du porc à l’homme par exemple, est beaucoup plus probable vu la similarité de leurs récepteurs, plutôt qu’une transmission des oiseaux à l’homme. Étant donné qu’aujourd’hui, les virus sont très observés, il est possible d’identifier une nouvelle vague de grippe et d’en empêcher sa progression assez précocement.

 

Autres informations:

Plan suisse de pandémie Influenza 2018 de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP)  

Connaître les dangers: Pandémie

Die Spanische Grippe steckte 1918 die halbe Schweiz ins Bett, Doppelpunkt SRF1, 22. Mai 2018

 

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