9 novembre 2016

Interview: Eric Herbertz, chef du service social pour les sourds de la région bâloise

Eric Herbertz, à la fois travailleur social et chef du service social pour les sourds de la région bâloise (Gehörlosenfachstelle der Region Basel), s’engage pour les besoins des personnes sourdes et malentendantes. Il évoque pour nous les difficultés que rencontrent ces personnes en cas d’alarme et nous présente le seul système d’alarme par SMS qui leur est dédié et qui est disponible depuis quelques années dans les cantons de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne. Il nous parle également de son quotidien et des différentes activités de son service.

Eric Herbertz, travailleur social et chef du service social pour les sourds de la région bâloise s’entretient avec Pierina Bossert, stagiaire universitaire à la Section Communication de l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP). Il est vêtu d’une chemise à carreaux, porte une barbe grise et des lunettes. Il sourit.
Eric Herbertz, travailleur social et chef du service social pour les sourds de la région bâloise. | Photo: Jörg Felix, OFPP

Quand avez-vous commencé à travailler au service social pour les sourds de la région bâloise ?

C’était au mois de novembre 1984, cela fait donc déjà plus de trente ans.

Comment êtes-vous arrivé à ce poste ?

J’ai commencé à travailler dans ce service directement après ma formation. Ce qui ne devait être au début qu’une première expérience professionnelle s’est transformé en un engagement de longue durée. C’est un peu par hasard que je me suis retrouvé à travailler pour des personnes sourdes et malentendantes, bien que quelques personnes de mon entourage étaient atteintes de ce handicap. Comme je dispose de certaines compétences en matière de communication et que je m’adapte volontiers à l’autre, je n’ai pas rencontré de difficultés à entrer en contact avec elles.

Quelle est votre formation ?

J’ai suivi une formation initiale en travail social et pédagogie curative, que j’ai complétée au fil des ans par des cours de perfectionnement et des ateliers, notamment dans les domaines de l’informatique, de la conduite d’entreprise et de la collecte de fonds.

Est-ce que vous maîtrisez le langage des signes ?

Oui, j’ai des connaissances de base qui me permettent de communiquer.

 

Monsieur Herbertz a l’air sérieux, il parle en faisant des gestes.
Photo: Jörg Felix, OFPP

Pourriez-vous nous décrire vos journées de travail ?

Les activités sont plus variées que ce qu’on imagine. Quand on voit « Service social pour les sourds », on pense immédiatement à des appareils auditifs ou à des interprètes, mais notre champ d’activité est bien plus étendu. Mon travail n’a cessé d’évoluer au cours des trente dernières années et de nouvelles tâches sont venues s’ajouter régulièrement. Je joue en quelque sorte un rôle de trait d’union entre le monde des sourds et celui des entendants.

Mon activité de responsable de service est jalonnée par des processus bien définis, comme cela doit être le cas dans d’autres domaines. Je pense plus particulièrement à l’organisation du personnel ou à la comptabilité. À cela s’ajoutent mes tâches de travailleur social, qui sont très variées. Nous ne savons jamais à l’avance ce qui pousse les gens à venir nous consulter. Il s’agit bien souvent de demandes qui nécessitent plusieurs mois de travail.

Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours ?

Étant donné que le travail quotidien est accaparant, nous n’avons pas le temps d’élaborer beaucoup de projets au sens strict. Mais nous gérons tout au long de l’année une série de mini-projets. Apporter de l’aide à une personne et lui permettre de retrouver son indépendance constituent à mon avis à chaque fois un projet. Nos projets, ce sont les demandes des gens : chaque personne qui vient chez nous est porteuse d’un projet. Ceci dit, d’un point de vue général, les activités dans le domaine social ne peuvent à mon avis jamais être considérées comme terminées, contrairement à un projet au sens strict.

Nous avons un programme d’activités régulières (laufende Angebote) : le mercredi, par exemple, est une journée particulière. L’après-midi, de 13 h 30 à 17 h 30, les offres sont nombreuses, qu’il s’agisse d’événements organisés pour les personnes sourdes, de possibilités de rencontres ou encore d’après-midi de jeux, sans oublier les activités d’information et de conseil. Notre but est avant tout d’informer les gens qui font appel à nos services et de répondre à leurs questions. À travers les après-midi ludiques que nous organisons, nous espérons leur permettre de sortir de leur isolement.

Quels buts poursuivez-vous à travers votre activité professionnelle ?

Je souhaite avant tout compenser les inégalités qui touchent les sourds et les malentendants. Poursuivre cet objectif au quotidien représente un grand défi, qu’il s’agit de redéfinir régulièrement en fonction de l’évolution constante de notre société.

Les modes de communication actuels, la manière dont sont transmis les messages, les consignes et les informations placent les personnes sourdes devant de grandes difficultés. Nous essayons de les aider à les surmonter et de créer les conditions nécessaires à l’abolition de ces inégalités.

Existe-t-il un succès dont vous êtes particulièrement fier ?

Pour moi, le travail social est avant tout un travail d’équipe, et ces sont les réussites collectives qui m’ont le plus marqué. Ces moments sont assez nombreux et, à mes yeux, ils se valent tous. Je me réjouis de chaque réussite, mais je dois reconnaître que l’introduction du système d’alarme par SMS pour les sourds dans les cantons de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne représente pour moi un succès important. Les personnes intéressées résidant dans la région bâloise peuvent demander à bénéficier de cette offre en remplissant ce formulaire (en allemand).

Quand le système d’alarme par SMS a-t-il été introduit ?

En 2012 à Bâle-Ville et en 2013 à Bâle-Campagne.

Qui a conçu ce système et par qui est-il exploité actuellement ?

J’ai élaboré les bases de ce système au mois de novembre 1986, après l’incendie à Schweizerhalle.

Le lendemain de l’incendie, les odeurs désagréables qui planaient dans l’air étaient la preuve qu’il s’était passé quelque chose de grave. Des personnes sourdes sont venues me trouver pour me demander des explications. Quelqu’un m’a même raconté que ses voisins étaient partis en vacances pendant la nuit, alors qu’ils avaient tout simplement évacué les lieux pour se mettre à l’abri !

Il a fallu presque 26 ans pour mettre en œuvre l’idée. L’exploitation du système d’alarme actuel est assurée par le produit d’un fournisseur privé, mais l’alerte est donnée au moment où la police cantonale déclenche les sirènes. Cette solution n’est pas satisfaisante à long terme, car nous souhaitons que les sourds n’aient pas besoin d’un système particulier. Notre but est que l’ensemble de la population suisse dispose d’un système d’alarme unique. Nous suivons attentivement l’évolution des canaux Alertswiss, notamment des notifications push. Notre système transmet l’alarme à environ 160 personnes inscrites. En cas d’urgence, il faudrait alerter une population bien plus importante, ce qui est actuellement impossible avec cette technologie.

 

Monsieur Herbertz a l’air sérieux. Il parle en faisant des gestes. Il a les bras croisés sur sa poitrine et il est penché en avant.
Photo: Jörg Felix, OFPP

Est-ce que l’exploitation requiert une collaboration accrue avec la protection de la population ?

Absolument. Nous ne pourrions utiliser efficacement notre système d’alarme sans mettre en commun les informations des polices cantonales et les nôtres. Il ne faut pas prendre en considération uniquement les groupes de personnes cibles mais aussi les services qui déclenchent l’alarme. Les fonctions et compétences de chacun doivent être clairement définies.

Que peuvent faire les entendants pour faciliter la vie des sourds ?

Ils peuvent s’informer à travers différents sites internet bien fournis sur les moyens d’entrer en contact avec les malentendants et les sourds et de communiquer avec eux. Rechercher des informations représente un début. Il s’agit ensuite d’essayer de se mettre à la place de ces personnes. Mais le plus important est de faire preuve de compréhension, de patience et de respect à leur égard.

Comment un entendant peut-il venir en aide à un sourd en cas d’événement ?

J’aimerais vous répondre par une autre question : la majorité de la population sait-elle comment agir en cas d’événement pour se sauver elle-même ? Ce n’est qu’à cette condition qu’on peut s’occuper de son voisin. Je pense qu’une personne sourde bien informée peut tout aussi bien apporter son aide. Je suis en tout cas persuadé que mes collègues Viktor Buser et Tom Helbling seront capables, en cas d’événement, de garder leur sang-froid et de se comporter correctement.

Il est primordial pour moi que les personnes malentendantes et sourdes soient alertées à temps. Il n’y a rien de mal à informer son voisin et à lui transmettre les consignes de comportement. Mais cela suppose de garder son sang-froid et de penser à emporter un bloc-notes et un crayon. L’entraide entre voisins est particulièrement efficace quand ils se connaissent bien. Il faut déjà que les habitants d’un immeuble soient au courant que certains de leurs voisins sont sourds ou malentendants. En cas d’événement, mais aussi dans la vie courante, nous devons être attentifs aux autres.

 

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